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 Pour une accessibilité des données en santé, l’Unified Namespace

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Alors que la population vieillit et que nos modes de vie génèrent une explosion des pathologies chroniques, les progrès médicaux n'ont jamais été aussi rapides. Le volume de recommandations scientifiques fait que cela s’empile, l’une remplaçant l’autre.

 

Actuellement, les données scientifiques doublent tous les 73 jours. Cela exige une vigilance constante de la part des médecins et des professionnels de santé. Cependant, dans un monde médical de plus en plus saturés, où les médecins sont surchargés de tâches administratives, comment vont-ils trouver le temps de suivre le rythme des nouvelles informations ? Et d’appliquer les changements de recommandations dans la prise en charge des patients ? 

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Face à cette saturation, une question s’impose : comment transposer ces nombreuses recommandations scientifiques vers le bloc opératoire, tout en personnalisant dynamiquement les soins à chaque cas patient ?  

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Dans ce contexte, l’interopérabilité des données médicales devient une pierre angulaire de la médecine de demain. Des standards comme, FHIR® et SDC ne sont plus de simples options techniques : ce sont des leviers décisifs pour transformer l’information en action, et replacer le patient au cœur d’un soin réellement dynamique et adapté. 

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  • FHIR® est un standard signifiant “Fast Healthcare Interoperability Resources” et développé par Health Level Seven International (HL7) en 2011. C’est un «â€¯traducteur » universel pour échanger des données largement utilisé dans plus de 50 pays.  

  • SDC est une nouvelle norme «â€¯ISO/IEEE 11073-SDC » signifiant «â€¯Service-oriented Device Connectivity », portée par la société Dräger (Draeger). 

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Cependant, d’autre facteurs influencent fortement le risque patient avant, pendant et après sa prise en charge. De nombreux éléments extérieurs, souvent imprévisibles, entrent en jeu, qu’ils soient liés au comportement du patient ou à l’organisation environnante. Des situations apparemment anodines de tous les jours peuvent faire toute la différence. Voici quelques exemples du quotidien :  le patient a-t-il pris correctement son traitement ? Est-il bien à jeun depuis 8 à 12 heures ? Le bon côté du corps à opérer est-il clairement identifié ? Le matériel prévu est-il disponible à l’instant T ? En cas d’urgence, un lit est-il réellement libre ? Et si un imprévu survient, le personnel médical est-il toujours disponible ? Même une mise à jour logicielle, plus esthétique mais instable, peut faire dérailler l’organisation. Ces variables, nombreuses et souvent combinées de manière imprévisible, créent une complexité opérationnelle immense. Résultat : chaque jour, des interventions sont reportées ou annulées, non pas pour des raisons médicales, mais à cause de ce chaos silencieux qui entoure l’acte de soin. 

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Pour garantir le bien-être du patient, il est essentiel d’adopter une approche systémique. Mais nous faisons face à un système complexe, en mouvement permanent, qui évolue en temps réel. Cette dynamique, souvent comparée à celle du «â€¯double pendule », illustre un comportement chaotique par nature, où chaque élément peut avoir un impact disproportionné sur l’ensemble. C’est l’effet papillon ! 

Dans un tel contexte, les normes rigides et les cadres figés montrent rapidement leurs limites. Il est évidement impensable de mobiliser une armée de développeurs informatiques pour recoder les applications à chaque changement, puis faire valider à nouveau l’ensemble. Le rythme de transformation est tout simplement trop rapide. Il faut désormais penser Agilité, «â€¯interopérabilité intrinsèque » et adaptation continue.

 

Une vision systémique appliquée à l’informatique hospitalière entraîne inévitablement la génération massive de données, en constante évolution. Lorsque l’on parvient à les extraire en temps réel, ce qui reste un défi, ces données sont souvent en doublon, incomplètes, incohérentes ou déconnectées de leur contexte clinique. Cette mauvaise qualité de données massive représente un

véritable frein : ni les Data Scientists, ni les Intelligence Artificielles n’arrivent à les exploiter pour en tirer de la valeur. Le résultat ?

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Une perte de temps et d’argent, et surtout une occasion manquée d’améliorer la qualité des soins et la sécurité des patients. 

Dans cette optique, les outils informatiques doivent «â€¯nettoyer » et «â€¯contextualiser » la donnée à la source ; mais comment faire tout cela en temps réel ? le tout avec des contraintes de Système de Management de Qualité médical (SMQ) et de cybersécurité forts ?  

 

C’est ici qu'intervient le concept de Unified Namespace (UNS), une approche «â€¯événementielle » radicalement différente, née de l' «â€¯industrie 4.0 ». Le monde de l’industrie est extrêmement normé depuis au moins 1988, et aujourd’hui, l’UNS a acquis toutes ses lettres de noblesse et a permis de prendre en compte cette vision systémique. Cependant, que ce soit dans l’industrie ou dans le médical, l’UNS est loin d’être une solution de remplacement. Nous allons voir pourquoi et comment l’UNS propose une complémentarité avec les normes existantes pour répondre aux défis de cette transformation numérique en santé. 

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Les enjeux de la gestion des informations médicales dans un environnement en constante évolution 
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Comme évoqué, l'augmentation des pathologies et des recommandations scientifiques exige une adaptation rapide des professionnels de santé aux nouvelles directives. Cependant, la surcharge d'informations dans un environnement médical complexe peut entraîner la perte ou la sous-utilisation d'informations cruciales, nuisant ainsi à la qualité des soins. 

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L'une des solutions clés réside dans le fait d’offrir à l’anesthésiste et au chirurgien dans le bloc opératoire un risque patient calculé et personnalisé, tout en tenant compte de l’histoire médicale unique de chaque patient. Là où, auparavant les décisions étaient prises à partir de formulaires génériques et standardisés, aujourd’hui, ces professionnels ont besoin d’informations qui intègrent non seulement les données des antécédents médicaux du patient, mais aussi des paramètres en temps réel tels que l’évolution de ses signes vitaux, son environnement actuel et ses réactions spécifiques au traitement en cours. Cette haute personnalisation près permet une gestion plus précise des risques et une meilleure prise en charge du patient pendant l’intervention.

 

Aujourd’hui, le monde médical ne recherche pas la rapidité d’exécution des soins à tout prix, car celle-ci peut engendrer des risques liés à la précipitation. L’attention se fait davantage sur la robustesse des protocoles et la fiabilité des décisions cliniques. Si on parle de rapidité, c’est plutôt sur la nécessité de disposer rapidement d’une information contextualisée, permettant une évaluation du risque patient en temps réel, fondée sur des données encadrées par des seuils. 

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Les médecins se basent sur la notion statistique d’écart-type, car le risque zéro n’existe pas. Surtout en France, le secret de la sécurité et la qualité des soins résident dans la capacité des médecins à maîtriser les variations, et à rester dans les intervalles de risques. 

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Pour rendre tout cela possible, il est impératif d’avoir accès à des données unifiées de qualité, propres et en quasi-temps réel. 

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Les normes FHIR et SDC : un progrès nécessaire mais partiel 
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Les normes FHIR et ISO/IEEE 11073-SDC représentent des avancées significatives dans la manière dont les informations de santé sont échangées et gérées à l’échelle mondiale. FHIR, par exemple, offre une architecture flexible qui permet l'intégration de données provenant de différentes sources, qu’il s’agisse d’hôpitaux, de laboratoires ou d’autres institutions. De son côté, le ISO/IEEE 11073-SDC se concentre sur l’harmonisation des données entre différents systèmes, permettant une interaction plus fluide entre des technologies et des applications variées. 

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D’un côté, bien qu'efficaces dans un certain nombre de cas, ces normes actuelles s’adossent sur des technologies « statiques et déterministes ». De l’autre, lorsque qu’une vision systémique est considérée, l’environnement de soins de santé moderne est en «â€¯perpétuel mouvement ». Par conséquent, les technologies actuelles ne sont pas suffisantes à elles seules pour résoudre l’ensemble des défis. 

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Unified Namespace (UNS) : une solution d'intégration au service de la santé 
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Le Unified Namespace (UNS) est un principe d’architecture industrielle apparu dès 2003, puis formalisé et fortement accéléré à partir de 2014, dans le sillage des nouvelles normes liées à l’Industrie 4.0. Face à la multiplication des sources de données et à la complexité croissante de leurs interactions, le besoin d’un modèle unifié et structurant est devenu stratégique. L’UNS repose sur une approche «â€¯événements », permettant de centraliser, organiser et contextualiser en temps réel l’ensemble des flux de données hétérogènes de l’usine dans un format cohérent et accessible à tous les systèmes. Là où d’autres architectures proposaient déjà de centraliser et d’uniformiser l’information, l’UNS se distingue par sa capacité à proposer une vision systémique, et à s’ajuster dynamiquement et automatiquement au « système chaotique » évoqué précédemment, tout en assurant une Single Source of Truth (SSoT) fiable et actualisée. 

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Chaque donnée est ainsi contextualisée dès sa création, en fonction de son origine, de son instant de génération et de son usage, garantissant une exploitation pertinente et réactive dans l’ensemble de l’écosystème industriel. 

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Dans le contexte médical, et dans la limite de ce que permet la réglementation de chaque pays, cela signifie que l’UNS permettrait de relier les données médicales d’horizon encore plus diverses que les standards actuels, tels que les recommandations scientifiques, les protocoles de traitement, et d’autres sources d’information dans cette «â€¯source de données unique », accessible en temps réel par tous les acteurs impliqués dans la prise en charge d’un patient.

 

Grâce à l’UNS, chaque professionnel de santé pourrait ainsi disposer d’une vue unifiée et contextualisée de toutes les informations pertinentes pour un patient donné, et ce, au moment précis où elles sont nécessaires. 

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L'intégration de l'UNS avec FHIR et SDC : complémentarité et synergie 
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Il est important de noter que l’UNS ne vise pas à remplacer FHIR ou ISO/IEEE 11073 SDC, mais à les enrichir et les rendre plus accessibles, dans un univers complexe et imprévisible. Ces normes structurent les informations médicales et leur échange entre systèmes, tandis que l’UNS agit comme une couche d'intégration dynamique pour en tirer pleinement parti. 

Concrètement, l’UNS permettrait par exemple à des logiciels de calculs de risques patients, comme ceux de Moebius Analytics et Diane, de fournir un score de risques personnalisé et à jour en temps réel. Là où auparavant, si un nouveau logiciel venait à être ajouté à l’écosystème, une phase de travail et d’intégration avec les normes actuelles était nécessaires. Cela permet également une meilleure coordination entre les différents acteurs de la santé, assurant ainsi une continuité des soins optimale. 

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En bref… 
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Dans un monde où les pathologies évoluent rapidement et où le volume d’informations scientifiques explose, il devient impératif de garantir que ces données parviennent rapidement et efficacement aux médecins.

 

Les technologies existent. 

Pourtant, une réalité persiste : la complexité technique n’est plus le principal obstacle. Ce sont désormais la gestion du changement, le manque de coordination, et l’insuffisance d’engagement transversal qui freinent la réussite des projets. 

Heureusement, il existe des méthodes éprouvées pour structurer les démarches de transformation, ainsi que des techniques d’accompagnement au changement spécifiquement adaptées au monde hospitalier. 

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Leur succès repose toutefois sur une condition incontournable : l’implication active des directeurs d’établissement soumis aux directives des organismes officiels certificateurs. Ce sont eux qui, par leur vision et leur volonté, et leur soutien financier, peuvent créer les conditions d’un changement durable, centré sur les soignants, les patients et la qualité des soins. 

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La question n’est donc plus de savoir si la transformation est possible. Elle l’est. 

Alors, êtes-vous prêt à en devenir l’architecte ? un pionnier de l’hôpital du futur ? 

 

 

Vincent Thavonekham  

CEO de FactoVia, expert connectivité (Unified Namespace, UNS)  
pour Moebius Analytics et ambassadeur La French Care 

« Je remercie chaleureusement les médecins ayant assuré  
la relecture scientifique et médicale de ce document »â€¯ 

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